Crise Energétique au Sénégal : Les Propositions de L’Alliance pour la République

Liminaire
          


Mesdames et Messieurs les Journalistes, je voudrais d’emblée, vous remercier, d’être venus à ce point de presse au cours duquel je souhaiterais évoquer, avec vous, une problématique cruciale, au cœur de l’actualité nationale, en ce sens qu’elle rythme la vie des ménages, des entreprises et de tous les secteurs d’activité de notre pays.

Mon propos n’est pas de répéter outre mesure, ce qui est devenu une évidence : les graves implications de la crise énergétique ainsi que ses dimensions les plus affligeantes pour tous nos compatriotes : vous le devinez aisément ; je veux bien sur parler des délestages récurrents. Notre objectif, ce jour, est d’analyser la crise sous tous ses ressorts, et de proposer une autre approche de la question énergétique dans notre Pays, sous l’angle du sous- secteur de l’électricité ; et de laquelle résulteront d’abord, des réponses aux urgences de l’heure, ensuite, des perspectives cohérentes et durables. C’est sur ce registre que je vous livre le premier grief à formuler contre la politique en cours : C’est l’absence notoire d’une vision claire et cohérente qui ne saurait convenir à la gouvernance d’un secteur aussi stratégique. En vérité, la crise qui sévit dans notre pays, a non seulement des répercussions graves sur tous les secteurs économiques ; mais, pire encore, sur les conditions de vie des populations déjà suffisamment assaillies par des difficultés de toutes sortes. D’ailleurs, il est important de rappeler que dans une économie non structurée, où le secteur informel génère les revenus de prés de 2/3 des actifs, les implications des délestages constituent de fortes déflagrations socio-économiques. Prenons-en quelques exemples simples : D’une part, le pourrissement des denrées consécutif à la rupture du système de froid, l’insécurité résultant de l’obscurité quasi permanente donnent le tournis aux foyers et aux ménages. Et d’autre part, la couturière, le tailleur, le boulanger et, de façon générale tous les opérateurs du secteur informel qui, désabusés, désenchantés, désorientés et meurtris, assistent impuissants, à la faillite de leurs activités génératrices de revenus. Et si l’on y ajoute, le désordre économique au niveau des Petites et Moyennes Entreprises, le tableau de la double dégradation des conditions de vie et du contexte économique est éloquemment illustré.

Enjeux et Exigence de Choix C’est pourquoi il nous semble urgent de construire une vision assortie de choix stratégiques et d’objectifs opérationnels inscrits dans la durée. Cette construction doit non seulement, répondre aux urgences provoquées par la crise mais, aussi, apporter des solutions sur le long terme. Pour ce faire, il convient de noter que cette nouvelle vision ne saurait avoir comme centre de gravité le thermique qui, non seulement, est prohibitif, mais dépassé et est source d’aléas graves pour un pays comme le Sénégal pauvre en énergies fossiles. Du reste, la rareté des énergies fossiles, notamment le pétrole et le gaz naturel, nous expose aux fluctuations erratiques du prix du Baril de Pétrole. D’ailleurs, par rapport à cette réalité, qu’observe-t-on? Le pétrole est, au moment où nous parlons, très cher. Le baril a dépassé, à Londres, cette semaine, les 100 Dollars. Toutes les analyses faites, en rapport avec la demande croissante des pays émergents notamment la Chine, le Brésil et l’Inde, confirment cette tendance haussière et fluctuante. IL est dés lors évident que cette situation ne peut qu’être préjudiciable à la soutenabilité de nos efforts, dans ce domaine. Or, nous constatons, malheureusement, que l’Etat du Sénégal, face à cette grave crise n’a eu à recourir qu’à un palliatif consistant à louer des groupes électrogènes, au cout d’exploitation exorbitant, et pour une hypothétique production qu’il dit envisager à 280 MW sur une durée jusque là indéterminée : Les jours à venir nous en édifieront.

Somme toute, le plus grave consiste à confier à des structures inexpertes en la matière, et encore logées à la Présidence, et cela, dans le mépris des responsabilités de la Senelec et de celles des entités spécialisées. Voilà donc qui illustre le pari fait par l’Etat sur le court terme et le conjoncturel dans un domaine où ne valent que le long terme et le durable. Le moment semble donc venu de rappeler qu’aussi longtemps que nous n’aurons pas résolu, durablement, cette question qui est au cœur de la modernisation de notre économie nationale, toute notre politique de développement sera bancale, hésitante, sursitaire, et inefficace. Notre vision en la matière ne peut, dés lors, que se fonder sur quelques axes stratégiques dont le substrat consisterait à bâtir des solutions durables qui prennent en compte la réalité énergétique du Sénégal. Cette réalité ne saurait être basée fondamentalement que sur des énergies nouvelles et renouvelables.

1) Le premier axe stratégique c’est l’obligation pour notre pays, d’améliorer sa production tout en prenant en compte la fin d’un Cycle énergétique dominé, on le sait, par les énergies fossiles ; et subséquemment se préparer à négocier ce virage mondial crucial.

2) Quant au Deuxième axe stratégique, il incite à ne plus faire du tout Thermique, l’axe principal de notre politique énergétique. Cela, d’autant plus que le niveau actuel du prix du baril et les prévisions des divers spécialistes révèlent qu’on a atteint un niveau qui rend l’offre thermique, quasi inaccessible pour les populations, et fatalement inhibitrice pour les projets de développement. Sous ce ressort, une piste intéressante nous mènerait à la création de deux champs pour les énergies solaire et éolienne en phase expérimentale. Ainsi, sur la base des résultats obtenus, nous pourrions soit changer de cap soit au contraire développer ces énergies renouvelables.

3) S’agissant du Troisième axe stratégique, il s’ancre dans l’option résolue, claire et durable, d’une valorisation graduelle des potentialités hydroélectriques qu’offrent les organismes fluviaux tels les fleuves Sénégal et Gambie. Ma conviction est faite, que nos problèmes énergétiques ne sauraient être résolus en dehors des perspectives qu’offrent les organisations sous-régionales en agissant dans deux directions :
- la valorisation partagée des immenses potentialités hydroélectriques ;

- et la construction des plateformes de réseaux interconnectés.

Certes, L’hydroélectricité n’est pas une solution ponctuelle ou un pis-aller mais, un choix stratégique, car c’est une énergie propre et bon marché. En prenant d’ailleurs l’exemple de Manantali, ma certitude est que, sans ce productible, la SENELEC aurait vécu une situation beaucoup plus déplorable que celle actuelle, au point de la conduire irrémédiablement vers le dépôt de Bilan. La preuve, Le kW/h lui est rendu à 31,5FCFA alors qu’elle le vend à 126FCFA. Je vous laisse en tirer des conclusions, notamment en ce qui concerne les immenses marges bénéficiaires.

4) Concernant Le Quatrième axe d’intervention, il se traduit dans l’exigence d’une coopération sous régionale accrue pour répondre à une préoccupation qui dépasse les seules frontières de notre pays. C’est à ce titre que nous ne pouvons que souscrire aux thèses de L’Ex Gouverneur de la Réserve Fédérale des Etats-Unis, en l’occurrence, Mr Allan Greenspan selon lequel la résolution de la question énergétique passe par la mise en place de grandes plateformes transfrontalières de production et de distribution de l’électricité. En somme, il s’agira de bâtir ce ressort autour de l’OMVS et de l’OMVG, du moment qu’il n’y a pas d’alternative durable à cette orientation. Je m’empresse de souligner que des pays voisins l’ont fait et sont dans une situation bien meilleure. C’est le cas du Mali. Afin d’avoir une meilleure lisibilité de cet axe stratégique de la coopération sous régionale, il serait important d’en livrer ses principales articulations sous quatre axes d’intervention.

4.1) A notre avis, le préalable consisterait à engager l’OMVS à mettre en œuvre, sans délai, les aménagements hydroélectriques au-delà de la centrale de Félou en cours de construction. D’après les informations disponibles la Centrale au Fil de l’Eau de Gouina est quasiment prête à être lancée ainsi que celles de Gourbassi, Koukoutamba, Boureya, soit près de1500MW de puissance prévisible.

4.2) Par ailleurs, un accord doit être trouvé avec les Etats membres de l’OMVG pour réaliser Samba NGalou et Kaléta, soit un cumul de l’ordre de 370MW.

4.3) Ce faisant, on créerait une vaste plateforme qui résorberait, dans la durée, nos déficits structurels.

4.4) il s’y ajoute qu’il faudrait aussi construire une plateforme de réseau interconnecté qui permettrait, non seulement la distribution de l’énergie ainsi produite, mais cela autoriserait également les échanges avec d’autres pays comme la Mauritanie, la Cote d’Ivoire déjà en cours d’interconnexion avec le Mali, et bien sr, l’Afrique du Nord via une ligne du Réseau Interconnecté de Manantali, à partir du Poste de Nouakchott.

4.5) Nonobstant ce qui précède, la construction de ces Lignes Haute Tension serait l’un des piliers majeurs de la nouvelle stratégie de gestion durable de la crise énergétique au Sénégal et, bien au-delà, dans toute l’Afrique de l’Ouest.

5) Enfin, pour ce qui est du Cinquième axe stratégique, il exige de réinventer une autre gouvernance du secteur plus volontariste, plus rigoureuse, plus rationnelle et plus stable à même de soustraire notre pays de tourments énergétiques et, la SENELEC, d’une mal gouvernance paralysante. Sans nul doute, ces axes stratégiques devront jeter les bases d’une vision à moyen et à long termes, qui prend en compte le taux de progression de la demande du Sénégal qui est de l’ordre de 8 à 10% l’an. Mais, en attendant, et dans l’immédiat, il convient de résorber les difficultés actuelles qui nous placent devant un amoncellement de problèmes urgents. Pour cela, nous suggérons une démarche hardie sur cinq mesures prioritaires déclinées comme il suit :

Les Mesures d’Urgence

i) C’est d’abord la résolution de la question du combustible. C’est-à-dire assurer un approvisionnement régulier et durable des centrales thermiques en combustibles de qualité avec des spécifications reconnues, en rompant avec les filières choisies à l’emporte-pièce.

ii) C’est ensuite, un entretien régulier des réseaux pour permettre l’arrivée continue de l’électricité chez les consommateurs. Comme vous le savez, l’électricité se produit, se transporte et se distribue.

iii) C’est aussi l’Amélioration du recouvrement dans un esprit de justice et d’équité.

iv) C’est en outre la promotion de l’utilisation du solaire dans les foyers par une politique volontariste de détaxation des matériaux et équipements y relatifs. Ce volontarisme dans le solaire pourrait même nous valoir une autoproduction énergétique de la part des foyers à même d’en vendre à la Senelec : le cas d’un Pays comme l’Allemagne est, à cet égard, patent.

v) C’est enfin l’efficacité énergétique dans le Bâtiment, et le développement d’un civisme de même qu’une culture citoyenne cristallisée autour de l’indispensable économie d’énergie. Assurément, la mise en œuvre de ces mesures urgentes pourrait nous garantir, au moins, de meilleures conditions d’exploitation et d’optimisation des capacités dont nous disposons. Je puis vous assurer que ce n’est que de la sorte que nous amorcerons une gestion saine et durable de la crise actuelle.

Voilà Mesdames, Messieurs, notre vision et notre approche. Un train de mesures de nature à endiguer la crise actuelle et une démarche méthodique et prospective apte à permettre à notre pays de se doter de ressorts durables pour répondre à la forte demande sociale et de mettre notre développement à l’abri des impasses liées aux mauvais choix énergétiques.
JE VOUS REMERCIE DE VOTRE AIMABLE ATTENTION

Macky Sall
Président de l’APR

Coulibaly Zaccaria